Un retour de vacances sur les chapeaux de roue et cette question lancinante à se demander si le monde ne tourne pas à l'envers et pourquoi il tourne comme ça. Côtoyer la misère humaine parfois on en a plein la tête, prendre sur soi, supporter les mots, les maux pour toujours être dispo, avoir l'oreille attentive et le sourire bienveillant.
Se coltiner le malheur des gens, les pleurs des uns, la colère des autres, se faire aspirer par leur souffrance.
Des sans papiers qui ne sont de nulle part et qui baignent dans l'indifférence, qui ne sont ni d'ici et d'ailleurs, qui avec beaucoup d'humilité parlent de ce qu'ils ont perdu, de l'espérance si souvent mise à mal et le travailleur social qui écoute, impuissant à dire si cela aura une fin et si elle sera bonne.
Des alcooliques, ex tollard, qui sous l'effet de l'acool racontent leur faille et leur faiblesse, qui demandent une reconnaissance dans leur exces et leur incapacité finalement à se porter, qui s'abiment, se détruisent, se laissent aller, parfois se noient, ambivalents dans leur désir et de nouveau le travailleur social qui écoute, impuissant à les regarder se détruire.
Des personnes seules dépressives, qui ne savent et ne peuvent parler d'eux, qui ont perdu ce qu'elles avaient sans comprendre ce qu'elles ont perdu et encore ce travailleur social qui écoute, ne sait pas comment projeter quand l'envie n'est pas.
De ces gamins qui ont l'angoisse, qui doivent être adultes, sans un refuge, un fillet pour les soutenir, qui vivent au jour le jour de squatt, d'ivresse, de rencontres, toujours cette mise en danger, les regard qui jugent et toujours ce travailleur social qui écoute et qui questionne comment ce fil ténu ne cassera pas.
Et ces femmes, pudiques, honteuses, qui vont et viennent entre l'enfer et la fuite, leur difficulté à se dire qu'elles peuvent être autres, qu'elles peuvent être fières et se reconnaitre comme victime et un travailleur social qui écoute avec une envie de vomir et de s'enfuir et une impuissance à réconforter parce que les blessures sont béantes et les mots insignifiants....
Enchainer ces rencontres, garder le sourire, maintenir le lien, le geste apaisant avec parfois une envie de se voiler la face, de se dire que rien existe, que la misère ne va qu'un temps mais finalement elle s'étend sournoisement, pleinement et dans l'indifférence....
Je suis fatiguée.... un autre jour je vous raconterai le bon...
mardi 18 novembre 2008
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2 commentaires:
p'tain que je te comprend
c'est pas facile de tout le temps se protéger personellement...
on est au front je le dis depuis que j'ai commencer à travailler pour les autres, alors dans le social...c'est pas évident dans une société qui vise à laisser les autres crever...
on est BONS, meilleurs qu'eux, ces cons de gros bonnets et donneurs de leçons
il y a tout le temps eu de la misere et c'est pas pour s'arranger
je repense à cette assistante sociale qui a fait beaucoup pour moi, à un moment critique qui a m'a permis d'être où je suis aujourd'hui et tant d'autres...
a cette prof d'iufm qui m'a permis de rencontrer christelle...
ça s'appelle l'humanisme, l'amour de l'autre...
je garderai une lueur d'espoir tant que des gens comme toi existeront
quand je lis ton texte et le commentaire de Pierre, je me dis que nous avons une vie bien peu altruiste : nous voyageons, travaillons, étudions, jouons, mangeons, etc.
A quel moment laisse-t-on l'autre entrer dans notre sphère ?
Heureusement qu'il y a des personnes comme vous qui le faîtes pour nous tous...
Franchement, chapeau et grand respect.
Je m'en sens à la fois envieux et incapable.
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